L'interdiction

L'interdiction

L’interdiction est exprimée par le subjonctif

Prenons un exemple : dia-me [ djja’mø ] « dis-moi » / me dises pas [ mø’djizi pa ] « ne me dis pas ». En occitan, le prolongateur de l’impératif latin dica « dis » est diga en sud-occitan, dija en nord-occitan, et dia pour le vivaro-alpin (souvent devenu diá), les trois étant conformes aux évolutions phonétiques respectives de ces parlers.

Diá est la conjugaison de l’impératif dans notre parler, dises est la conjugaison du subjonctif. L’opposition de ces modes est toujours très vivante: parla-me / me-n parles pas. Cette caractéristique de la syntaxe de notre langue est également partagée par l’espagnol : dime « dis-moi », no me digas « ne me dis pas » et autres langues ibériques.

Le patois sigolénois déroge parfois au schéma général assignant au subjonctif l’expression de l’interdiction, on peut ainsi dire bouja pas ! et bouges pas ! . On peut réciproquement utiliser le subjonctif pour exprimer l’obligation, et dire davales [ da’vali ] ou davala [ da’valɔ ] [ da’val ] pour « descends ! ». Comment expliquer cette variation ? Est-ce la transgression accidentelle d’une règle formelle, ou est-ce la manifestation d’une nature modale du subjonctif ? Il me semble imprudent d’avancer une réponse dans la mesure où ces exceptions ne permettent pas de déduire une loi plus générale.

Cependant, à titre purement spéculatif, on peut esquisser un scénario où ce subjonctif a pu garder au moins partiellement une nature modale. Pour comprendre ce scénario, nous pouvons utiliser le français, mais il faut le dégager des règles académiques qui ont fixé le subjonctif dans un cadre formel. Constatons que les verbes « être », « savoir », « pouvoir », « avoir » ont en commun de recourir au subjonctif pour exprimer l’obligation : « sois », « sache », « puisse », « aies ». Ces verbes sont dits d’état dans la mesure où ils n’expriment jamais une action, ainsi « sois », « sache », « puisse », « aies » ne sont pas « deviens », « apprends », « deviens capable », « prends »,  ils ont uniquement l’aspect d’une invocation, d’un appel à ce qu’advienne une situation. On imagine bien que s’il existe un mode de l’invocation différent du mode d’injonction, chaque verbe peut être utilisé dans un mode ou dans un autre ; et cette opposition de mode n’a pas totalement disparu en français, ex. « prends le droit chemin !» / « prennes-tu le droit chemin ! ». Ainsi, davala peut être compris comme une injonction « je t’ordonne de descendre », davales comme une invocation « j’attends te toi que tu descendes », bouja pas « surtout ne bouge pas ! », bouges pas ! « évite de bouger ».

Paja precedenta

Paja seguenta




Auteur: Didier Grange - 2014- modifié- 2016

Parler de Sainte-Sigolène

Marraire
Paraulas de tèrras occitanas
Çais sètz benvengut.
Dimècres 19 de decembre de 2018
una ora e tres
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